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Importations: Environ 500 milliards dépensés en 4 ans pour se vêtir

Importations

Environ 500 milliards dépensés en 4 ans pour se vêtir

Selon la balance de paiements et du commerce extérieur de 2015, ce montant représente les importations de friperie et vêtements neufs.

Une grosse somme d’argent que le Cameroun dépense ainsi chaque année, pour se vêtir. D’après la balance de paiements et du commerce extérieur du Cameroun pour l’année 2015, ce n’est pas moins de 125 milliards que  consacrent le pays à l’importation de la friperie (vêtements usagés), vêtements neufs et autres produits textiles tous les ans. Entre 2011 et 2014, les Camerounais ont en tout importé ces biens  pour un montant  de 499,2 milliards de FCFA. Environ 500 milliards ainsi dépensés en quatre ans, tel que l’on peut le constater dans le dit document rendu public chaque année par le ministère des Finances. En attendant que celui de 2016 soit rendu public, l’on peut surtout remarquer que le Cameroun dépend largement des ménages européens pour se vêtir. Et notamment, pour ce qui concerne la friperie. Dans la période sus-indiquée, le Cameroun a donc importé  370 198,20 tonnes de friperie pour un montant s’élevant  à environ 190 milliards de FCFA, entre 2011 et 2014. Soit  une dépense annuelle de près de 38 milliards de FCFA au profit des pays tels que la France ou la Belgique, grands pourvoyeurs des ménages camerounais en matière de friperie.

Le Cameroun a dépensé 252 ,4 milliards de FCFA de 2011 à 2014 pour la friperie

Autres produits contribuant à aggraver les dépenses vestimentaires des ménages, les articles textiles confectionnés. Dans   la balance de paiements et du commerce extérieur de l’année 2015, l’on apprend à ce sujet  que le Cameroun a importé  412 234,2 tonnes de ces produits. Ceci, pour un montant avoisinant  252 ,4 milliards de FCFA de 2011 à 2014. Les dépenses les plus élevées pour ces produits ayant été enregistrées en 2011, avec environ 68 milliards de FCFA dépenses, pour 88 006 tonnes d’autres articles textes confectionnés. Quant aux vêtements de bonneterie, le Cameroun en a importé 19 201 tonnes entre 2011 et 2014, pour la somme de 35,8 milliards de FCFA. Idem, pour les vêtements autres qu’en bonneterie. Soit 6 540 tonnes, pour un montant s’élevant à 16,8 milliards de FCFA. Ensuite, suivent les tissus imprégnés (1 380 tonnes, pour un montant de 2,7 milliards), les étoffes de bonneterie (450 tonnes, pour 780 millions de FCFA), et enfin 456 tonnes de tissus spéciaux importés contre la somme de 633 millions de FCFA. Ce qui représente une dépense globale d’environ 500 milliards sur quatre ans.

 Des dépenses qui, apprend-on des économistes, auraient contribué à donner du travail sur place aux jeunes en proie au chômage galopant, s’il existait une réelle volonté politique. Selon les économistes préoccupés par la relance du tissu industriel local,  ces dépenses sont la preuve palpable d’un besoin croissant des ménages locaux à se vêtir. « Malheureusement, toutes les usines qui, par le passé, fabriquaient des vêtements sur place ont fermé depuis des années. L’Etat gagnerait à encourager leur réouverture. Ce qui réduirait  cette tendance haussière de l’importation de la friperie par les Camerounais », indique Hervé N. Bounya, étudiant dans une école de commerce à Douala.

Un véritable frein au développement de l’industrie textile locale

Parmi les obstacles qui freine le décollage de la jeune industrie textile en formation figure en bonne place, l’importation croissante de la friperie et des vêtements à l’état neuf ; y compris le manque d’appui du secteur textile local.

Selon un couturier travaillant à Jemann Institute of Fashion à Douala,  la somme de 500 milliards de FCFA ainsi dépensée de 2011 et 2014 est une somme mirobolante qui aurait permis à la jeune industrie textile locale de connaitre un véritable bond. Comme de nombreux couturiers et autres cadres des entreprises telles que Cicam, rencontrés ces derniers jours à Douala, l’absence d’une politique d’industrialisation du pays explique en partie cette forte tendance du pays à dépendre de l’étranger pour habiller ses citoyens.« Sinon, qu’est-ce qui empêche l’Etat d’encourager l’ouverture sur place des usines, spécialisées dans la production des vêtements, afin de réduire notre dépendance de l’extérieur ? », interroge Gerémie Kamen, couturier au marché Congo de Douala.

En attendant que soit rapidement implémenté le tout nouveau plan d’industrialisation, il indique que les problèmes que rencontrent les créateurs et couturiers camerounais sont légions.  « Le tout premier obstacle a trait à l’accès au financement. A ce niveau, il est pratiquement impossible, et du moins pour l’instant, de dénicher un homme d’affaires ou banquier qui voudrait bien se risquer à investir dans notre secteur. On a des projets qui vont dans le sens de l’industrialisation de l’habillement au Cameroun. Mais on fait  face à un réel problème de financement. L’autre difficulté, c’est celle de l’accès à l’information. Il arrive parfois qu’on ait vraiment envie de faire les choses comme ailleurs, mais l’on ne sait pas comment procéder. On ne sait pas à quelle porte toquer. Et c’est vraiment un problème », souligne Marc T, fashion designer. A l’heure de la relance économique, ce dernier se dit préoccupé par l’absence d’interlocuteurs crédibles au sein de l’administration.

« Nous avons parfois des projets à soumettre aux autorités, mais on ne sait pas   à qui on peut adresser  des projets de grande envergure. On n’a pas toujours besoin de la bonne information qui peut nous aider à saisir les opportunités susceptibles de faire décoller l’industrie d’habillement au Cameroun. Enfin, je citerais le problème de formation. Je pense qu’il faut former davantage les jeunes dans ce secteur. Car, les demandes qui continuent de pleuvoir exigent qu’on ait de la main d’œuvre qualifiée disponible et prête à intervenir. C’est vrai que nous formons déjà pas mal de jeunes, mais ce n’est pas suffisant. Il en faut plus et il faut des lignes de financement pour ça », explique-t-il, ajoutant que l’avenir de ce secteur d’activité dépend des efforts qui seront faits  aujourd’hui.  

A ces difficultés, s’ajoutent les tractations avec le fisc, les charges fixes et autres dépenses qui freinent le déploiement des professionnels. Assistant chez John Institute à Douala, un employé dit en savoir quelque chose. « Nous vivons ces problèmes au quotidien. Et il faut reconnaître que ces aspects que l’on a tendance à minimiser pèsent sur les professionnels de la haute couture et de la mode. En effet, ils nous  empêchent d’être plus ambitieux et de conquérir plus d’espaces », déclare-t-il. Aussi, il ajoute que les professionnels du secteur n’ont même pas la logistique adéquate pour se déployer. « A John Institute, on aimerait bien créer des showrooms et des ateliers dans les 10 régions du pays. Mais où sont les moyens pour le faire ? Or, ce n’est ni le potentiel, ni la volonté qui manque. Puisque le marché est là. Il suffit de le conquérir », conclut-t-il

JRD

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